Communication verbale ou écrite

LA COMMUNICATION VERBALE

La communication orale par le son, puis verbale par des sons organisés et porteurs de sens est un des premiers modes de communication. La discipline de la philologie étudie, entre autres, la formation primitive du langage. La plupart des langages ont commencé par des onomatopées qui cherchaient à imiter les caractéristiques sonores des entités ou des actions. Voici deux exemples parmi des mots plus récents:  « CoQ » ou « Bombe ». Selon la philologie, on aurait, sans doute par la suite, procédé par extrapolation ou association abstraite de sons à des idées ou à des sentiments.

Une langue est avant tout un outil de communication pour entrer en relation. Elle exige la présence de l’autre ou, du moins, sa télé-présence lors de l’utilisation du téléphone, par exemple.  Ainsi, les membres d’une communauté se transmettent oralement des comportements, des coutumes, des valeurs et des croyances.

La communication verbale est directe, spontanée et souvent émotive.

Si l’on considère qu’il y a deux modes principaux de connaissance, la logique ou l’intuition, l’un procédant du cerveau gauche et l’autre du cerveau droit, on peut dire que la langue parlée utilise davantage le cerveau droit.  Bien que le gauche soit nécessaire pour structurer le discours, afin qu’il ne se transforme pas en une suite thématique et aléatoire d’associations d’images ou d’idées comme il se passe dans les rêves.

Le langage a été pendant des millénaires l’unique moyen de communication. Divers langages ont vu le jour et se sont développés sur la planète.  Après seulement quatre cents ans d’usage en Amérique, la langue française se distingue déjà de celle d’Europe. Elle s’est façonnée, à sa manière, en modifiant la prononciation, le sens accordé aux mots, la construction des phrases ou le rythme d’élocution sous l’influence de la culture nord-américaine et même amérindienne. Le français du Québec se retrouve parfois si différent du français de France qu’il a fallu refaire une version adaptée pour plusieurs films québécois (Cruising Bar, etc).

La langue parlée appartient à tous. C’est à l’usage que les mots sont transformés.  Ainsi, l’ancien mot alentir devient ralentir.  De nouvelles expressions apparaissent. Témoignant de leur époque et traversant ou non le temps, les expressions populaires sont le fruit d’un progressif consensus collectif. « J’ai mon voyage », apparu au Québec dans les années ’60, signifie que le chargement de la brouette, du chariot ou de la boîte du camion a atteint son maximum. Utilisée lorsqu’on est excédé, cette expression peut dénoter de l’étonnement. Quant à celle sur toutes les lèvres au Québec durant  les années ’70 « Y’a rien là », elle signifiait qu’il ne faut pas accorder trop d’importance à un sujet ni trop s’en faire.

La langue parlée est constituée d’une suite de voyelles et de consonnes toutes d’une musicalité différente dans un ensemble rythmé selon le discours et comportant des sons avec des contours sonores variables. Par exemple, un enfant pourra dire « Mau…man-an-an. J’chu tanné moé là, là… de la pluie là, là, là… j’veux aller jouer dehors bon-on-on-on… ». On dira que cet enfant « lyre » !

En 1989, le musicien René Lussier rend public l’album « Le trésor de la langue » constitué d’extraits de conversations du monde ordinaire traduits et interprétés en notes de musique. Il ne parle plus de la langue parlée, mais de la langue chantée. Chaque langue ayant sa musicalité propre, René Lussier oublie le sens de ce qui est dit, et ne transpose que la musicalité inhérente au discours. Aux dires des critiques, cette musique avant-gardiste renvoie chacun vers les racines profondes du langage.

LA COMMUNICATION ÉCRITE

Dans toutes les civilisations, le besoin d’écrire est venu plus tard . Puisque les paroles s’envolent et les écrits restent, on a commencé à écrire en premier afin de préserver intégralement des informations importantes. Ainsi, en fut-il des Dix commandements de Dieu dictés à Moïse. Quant au scribe égyptien devant ses tablettes d’argile fraîche, il devait choisir rapidement parmi un système complexe d’idéogrammes, ces petits dessins ou symboles représentant divers éléments, idées ou autres. Aussi, comme lui, nous faut-il réfléchir à chaque fois que l’on veut communiquer par écrit comment utiliser le système d’écriture en vigueur. Ce n’est que plus tardivement que seront créés des signes écrits pouvant représenter les sonorités du langage parlé.

La communication écrite passant davantage par le cerveau gauche (logique) que par le droit (intuitif),  le langage écrit est une pure construction intellectuelle se présentant comme un système mathématique ou même un langage de programmation informatique. Avec le temps, l’apprentissage d’une langue écrite crée des automatismes. Ainsi, un pianiste n’aura plus à penser à chaque accord à la position de ses doigts . Peu à peu, l’intuition pourra s’infiltrer dans le processus plutôt rationnel de l’écriture.

À l’inverse de la communication orale, la communication écrite permet d’établir une communication avec une personne absente ou virtuelle.  Les écrivains disent parfois d’une de leur œuvre qu’elle est une bouteille à la mer à être découverte un jour par un inconnu. Lorsqu’on parle, on s’adresse à une personne ou plusieurs personnes. Lorsqu’on écrit, face à une feuille blanche ou un écran d’ordinateur, on s’exprime à un ou des lecteurs absents, connus ou pas.

On n’écrit pas comme on parle. Une petite histoire pour illustrer notre propos. Un agent d’assurances reçoit cette lettre : « Je conduisais depuis 35 ans et je me suis endormi au volant… » Cela fait sourire. Certains écrits sont des chefs-d’œuvres de confusion, de redondance et d’inconsistance. Un texte bien écrit obéit à des règles de base pour la construction des phrases, à une syntaxe et à une grammaire. Dans les pays où le taux d’analphabètes est élevé, des écrivains publics offrent encore leur service à la population. Écrire, que ce soit pour un texte juridique ou littéraire. est un long travail de réflexion, d’écriture et de relecture. Cela consiste avant tout à structurer sa pensée.  Il s’agit d’un processus complexe, voire ‘songé’!

© Pierre Cadieu