Littérarité et oralité

L’IMPORTANCE DE LA LITTÉRARITÉ

La littérarité est grosso modo ce qui a rapport au domaine de l’écriture, car, il y a une différence radicale entre la langue écrite et la langue parlée. De façon plus savante, elle accorde ou non un statut d’œuvre littéraire à un écrit en tant qu’il corresponde à des critères précis, mais aussi variables selon les genres alors reconnus, les époques et les pays. S’agit-il d’un roman, d’un récit ou d’une nouvelle ? Est-il bien écrit selon les règles de l’art ?  Suscite-t-il l’intérêt du lecteur ?  Aux antipodes, s’agit-il par son style d’un roman remarquable, fruit d’un travail raffiné d’écriture ou, à l’inverse, d’un quelconque scribouillard, bourré de clichés et dépourvu de valeur littéraire?

Quoiqu’il en soit, la littérarité permet de normaliser l’utilisation d’une langue, d’en assurer la pérennité, de la protéger de l’assimilation par d’autres langues et d’en permettre sa diffusion vers l’extérieur.

La littérature d’une culture ou d’une nation, trace essentielle, témoigne de son identité et de son époque. Il y a deux grandes formes littéraires, soit la poésie qui transfigure le langage et la prose qui l’utilise comme tel. Elles se divisent à leur tour en divers genres littéraires servant à classer les productions écrites. Des genres de la prose comme l’essai, la biographie, le traité scientifique, l’ouvrage didactique, le pamphlet, l’éditorial et l’art épistolaire ne peuvent pas nécessairement se reconvertir en littérature orale. Tandis que d’autres, par leur nature, comme le conte, la légende, la fable ou la ballade s’y prêtent aisément.

L’écriture littéraire a donc créé des genres qui lui sont spécifiques et qui traverseront le temps. Par contre, la poésie tout en conservant sa littérarité, pourra être porteuse d’oralité. À l’autre bout du spectre, la littérarité éclatera dans un roman numérique interactif, par exemple, où les lecteurs pourront, entre autres, choisir une fin parmi plusieurs.

L’APPORT DE L’ORALITÉ

Il y a des genres littéraires comme le théâtre, le scénario de film et le roman qui doivent intégrer des dialogues où évidemment la langue parlée sera transposée dans toutes ses nuances. De son côté, la poésie offre des possibilités infinies d’exploration. Elle a le choix d’exploiter soit l’oralité ou la littérarité, bien que le plus souvent, on utilise de concert les deux. Pour ce qui est de la littérarité en poésie, faisons référence aux calligrammes d’Apollinaire, à l’écriture avec peu ou pas de ponctuation (Blaise Cendrars, Marie-Claire Blais), à la déconstruction et la reconstruction des signes et autres recherches.

L’oralité tient d’abord compte de la sonorité des mots. Les règles de stylistique élémentaires conseillent d’éviter l’usage de phrases nasillardes, avec beaucoup de phonèmes « in-on-an », ou encore cacophoniques, avec plein de syllabes « qui-que-quoi ». L’harmonie sonore d’un texte, plus complexe, résulte d’un assemblage subtil de sons et de rythmes.

Les sciences ésotériques parlent même des sons fondamentaux de l’univers. Certaines vibrations sonores auraient une influence sur les êtres. Certains sons pourraient guérir, prévenir telle maladie ou agir sur l’humeur. « Seigneur, dites seulement une parole et je serai guéri. », est-il écrit dans le Nouveau Testament. À titre d’exemple, l’impact puissant du simple phonème :  « AUM ».

Chaque voyelle a sa personnalité propre. Instinctivement, ne va-t-on pas dire « AH! AH!…» en signe d’avertissement et « HI! Hi! » face à un danger.  Ou  encore crions-nous « OU-OU-OU » en signe de désapprobation .

En plus des voyelles, les consonnes ont leur histoire et des liens de parenté.  À comparer à un tableau, les voyelles seraient les couleurs et les consonnes les formes les contenant. Une fois tous ces sons assemblés, ne pas oublier d’insérer des silences.

Pour comprendre ce qu’est l’oralité pure, imaginons-nous débarquant dans un pays étranger où l’on ne comprend pas la langue, ne percevant que les sons sans le sens. Nous ne saisirions que les aspects musicaux de la langue. Pensons aux sonorités gutturales de l’allemand, au va-et-vient entre les tonalités basses et aigues du chinois ou encore au côté chantant de l’espagnol avec ses « A » et ses « O ».

© Pierre Cadieu