La théorie des couleurs de Goethe

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En 1980, au Québec, la première édition de La théorie des couleurs de Goethe distribuée par Diffusion Raffin a été tout d’abord la traduction d’une conférence donnée dans le cadre de la Société Anthroposophique.  Les exemplaires de cet abrégé didactique se sont envolés très vite, car, il répondait à un véritable besoin.  Le volumineux et complexe ouvrage de Goethe intitulé Le Traité des couleurs étant loin d’être à la portée de tous par ses dimensions à la fois scientifique, ésotérique et philosophique.

Une deuxième édition en 1981, revue et augmentée, devient beaucoup plus une adaptation de la première, voire un essai poétique où l’auteur exprime sa conception panthéiste du monde. Cette nouvelle parution a connu un immense succès en librairie, un accueil médiatique dithyrambique et a fait l’objet d’une réimpression.  Au Québec, ce livre a joué un rôle de précurseur dans l’édition d’ouvrages du Nouvel âge.

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Durant les années ’60, Pierre Cadieu a été l’un des membres fondateurs des Ateliers Planète de Montréal en lien avec la revue française Planète, organe d’un mouvement international qui reprenait les thèmes du réalisme fantastique de l’ouvrage Le Matin des Magiciens à la jonction de la science occidentale et de la tradition spirituelle orientale.

Le poète s’intéressera toute sa vie à l’anthropologie et à la spiritualité. Dans les années ’70, il fréquente l’Association Gnostique Internationale de Recherche Anthropologique, la Fraternité Blanche Universelle et la Société Anthroposophique. Ces dernières années, il redécouvre et explore en profondeur l’héritage spirituel amérindien qui comporte d’indéniables résonances avec d’autres traditions spirituelles telles l’Hindouisme et le Taoïsme.

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Dans l’article « Couleurs vivantes » de La Presse du 12 décembre 1981, le critique Pierre Massue écrivait à propos de ce livre : « Pierre Cadieu, dans un livre qui réussit d’en résumer l’essentiel, en une soixantaine de pages seulement : La Théorie des couleurs de Goethe, nous propose de découvrir le monde de la couleur, non seulement à travers la théorie de Goethe, mais encore par des exercices à la fois simples et pratiques…

Cadieu nous fait voir le mouvement des couleurs à travers le prisme, l’arc-en-ciel et le cercle chromatique.  Le jaune à la fois rayonnant et informe, vire à l’orangé en s’intensifiant.  Le bleu s’incruste dans les formes et se concentre en violet. Le rouge « pénètre son environnement et parfois même le submerge »…

Tout est couleur et pourtant peu de livres y sont consacrés… Pierre Cadieu, lui-même poète, parvient avec une rare élégance à nous faire pénétrer dans la pensée profonde de Goethe.  Ce petit traité se penche d’une manière radicalement nouvelle sur la vie parfois très brève des couleurs dans les phénomènes chimiques, alchimiques, naturels et artistiques… La couleur est énergie! »

EXTRAITS :

theoriedualiteclairobscur« Nous vivons dans un monde coloré. Si nous levons la tête vers la voûte céleste nous baignons dans un bleu saphir infini. Au-delà du bleu commencent les ténèbres allant du violet au noir.  Le bleu, couleur de l’atmosphère, est tout simplement la suite des sombres espaces infinis. Nous pouvons vérifier ce phénomène en regardant la nuit à travers une fenêtre éclairée; vue de l’intérieur, l’impression du bleu passant plus loin au violet est très nette (…)

L’expérience opposée se fait avec le jaune.  Le jaune étant la couleur du soleil, de l’éclairage électrique, de la flamme ou du feu, il s’établit facilement une relation entre le jaune et la lumière, de même que le bleu est lié à l’obscurité.  Ainsi, l’expérimentation objective du jaune passe par l’expérimentation de la lumière même.  La radiance est la qualité primordiale du jaune.  Souvenons-nous lorsqu’enfant nous jouions à ce jeu avec les fleurs à beurre, les tenant sous le menton, tentant d’en apercevoir le reflet… Cependant, il n’y a rien dans le jaune qui veut prendre forme; il a plutôt tendance à l’informel. » (Chapitre 3 : La couleur entre la lumière et l’obscurité)

theoriesignificationcouleurs_3Goethe voit dans les lois de l’optique le fondement même de sa théorie. L’organe visuel non seulement perçoit, mais produit lui-même des couleurs. Lorsque nous sommes aveuglés par le soleil, en fermant les yeux, nous voyons flotter une forme jaune et ronde qui, peu à peu, est recouverte par sa complémentaire, le pourpre.

theoriecouleurscomplementaires_lumineux« L’énergie vitale, le rouge, et, l’aspect immobile de la vie, le vert, expriment tous les deux l’ambivalence de la vie.  Le vert, très riche en nuances, découpe et différencie les formes. Le rouge a pour attribut la chaleur. Il se diffuse en modifiant les couleurs environnantes et parfois même les submerge complétement. La liaison du rouge et du vert a un effet stimulant et vivifiant. Pour différents thèmes de Noël, on emploiera cette combinaison. »

© Pierre Cadieu, La théorie des couleurs de Goethe, éditions Université libre, Montréal, 1981.