Chansons

ATTENTE

Dans la maison vide, ma mémoire déboule,
Nos rêves, nos souvenirs sous la table roulent.
Murs, plafonds et fenêtres crient ton absence,
Tes anciens gestes, tes mots collent au silence.

Les jours se suivent et sont pareils,
Une très haute clôture entoure le soleil
Et bloque la lumière est, nord, ouest et sud,
Quartier général de la solitude.

Et la longueur de ton absence,
Ce n'est plus l'jour ou la semaine,
C'est maintenant comme une immense
Rivière gelée qui coule à peine.

Le temps passe et repasse, il traîne, s'égrène.
La vieille ardoise se remplit de poèmes,
C'est toujours la même longue lettre que j't'écris,
Sans adresse va nulle part.Une lettre ci-gît.

Toi encore toi, partout c'est toi un peu.
Là-bas, dans quelque montagne, massif bleu,
Dans la lueur du soir, c'est toi, immense,
Couchée, le bras indolent sur la hanche.

Mais la longueur de ton absence,
Ce n'est plus l'jour ou la semaine,
C'est maintenant comme une immense
Rivière gelée qui coule à peine.

À un oiseau, j'annonce nos fiançailles.
J'ai dressé‚ la table de nos épousailles.
Ce jour, nous boirons un vin sauvage, déjà
Chanterons tout haut, c’que nous rêvions tout bas.

Mais la longueur de ton absence,
Ce n'est plus l'jour ou la semaine,
C'est maintenant comme une immense
Rivière gelée qui coule à peine.
©Pierre Cadieu, Pluies, éditions Université libre, Montréal, 1996.